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ARTICLES SUR LA MONNAIE

 

LE FRANC CFA, UNE ARME OFFENSIVE ET DEFENSIVE DE LA FRANCE EN ZONE FRANC

«Le destin de l’homme se joue sur la monnaie! Exigez l’ordre financier ou acceptez  l’esclavage!» disait Jacques Rueff. Pour lui, il ne peut pas y avoir de progrès de la Civilisation et de la Liberté sans la stabilité monétaire.
C’est dire combien la monnaie compte dans l’organisation et la survie d’une société. La monnaie est une invention qui est au cœur de nos sociétés actuelles. Cependant, elle est relativement ancienne et a une histoire complexe. Nonobstant, la monnaie semble être écarté dans les stratégies de développement des pays africains. En 1960, 14 pays africains qui étaient à l’époque des colonies françaises, sont devenus indépendants.
Cette année 2010 a donc été décrétée « année du jubilé » et elle donnera certainement lieu à des manifestations grandioses et aux flots de discours auxquels les dirigeants ont habitués les populations pour dresser le bilan d’un demi siècle de liberté surveillée.  
 Après la clairvoyance des pères fondateurs dont les illustres sont l'Osagyefo Kwame Krumah ( 19O9-1972), le "javelot flamboyant" Jomo Kenyatta (1893-1978), le "Bélier" Houphouet-Boigny (1905-1993) , le "Rais"  Gamal Nasser (1918-197O), le "Combattant suprême" Bourguiba, le " mwalimu "
Julius Nyerere, le grand « Syli » Sékou Touré, "Abel Djassi" Amilcar Cabral, Modibo Kéïta, notre continent est aujourd’hui à la croisée des chemins.  
 Parmi les 49 pays les moins avancés (PMA), les 35 sont en Afrique Sub-saharienne ; 581 millions de personnes, sur une population totale de 767 millions, vivent toujours dans le dénuement et 277 millions d’entre elles sont dans la « pauvreté absolue » avec moins de 1 dollar par jour. Pour parler spécifiquement des pays africains de la zone franc (PAZF), le bilan sommaire peut être ainsi résumé : la zone franc représente 12% de la population africaine, 12% du PIB et 1,5% des exportations. Avec une population de 25% supérieure à celle de la France, les PAZF représentent 4,5 % du PIB français ou 1,5% de la masse monétaire.  
 Et pourtant, certains pays trouveront des ressources financières, qui du reste, sont rares, pour festoyer. Certainement que certains africains accuseront la colonisation et les relations complexes qui lient les africains aux occidentaux, comme responsable de notre retard économique. Mais si tel est le cas, il est difficilement compréhensible qu’on se réjouisse alors même que le vestige le plus important de la colonisation qu’est le franc CFA, demeure.


 Notre présente réflexion porte sur le chainon manquant du développement des pays africains, le peu d’attention portée à la dimension monétaire dans les stratégies de développement.  
 Cet article se voudrait une modeste contribution à l’exploration de « l’énigme » du sous-développement des pays aux ressources naturelles abondantes.  
 
 Le Franc CFA, une arme défensive de la France en zone franc


 
 Il est connu de tous, que le continent africain en général est un « scandale géologique » et le sous continent noir, un scandale tout court, vu l’immensité légendaire de leurs richesses. Et cela, la France l’a intégré depuis la colonisation. On sait également que les années 40 et 50 ont été riches en contestations réclamant l’indépendance des colonies.
C’est ainsi qu’en 1956, la Loi-cadre, dite loi Deferre, renforçait l’autonomie des colonies en créant un conseil de gouvernement et une assemblée territoriale élue au suffrage universel. On sait également que l’effondrement de la 4e République, avec le retour du général de Gaule et la mise en chantier de la 5e République ont entrainé une nouvelle révision du statut des colonies. Le projet proposé par référendum en 1958 offre le choix entre une indépendance immédiate ou l’entrée dans une communauté française avec davantage d’autonomie mais toujours sous tutelle de la métropole. A ce projet, le fougueux Sékou Touré, habitué à la phraséologie syndicaliste, sous des applaudissements déchaînés, lançait : « nous préférons la liberté dans la pauvreté à l’opulence dans l’esclavage ».
Tout est dit juste et net. Les commentateurs simplistes peuvent dire que la Guinée a fait le mauvais choix mais il nous semble qu’il faille plus retourner les méninges avant de s’aventurer dans un tel raccourci de l’histoire. Ce détour permet de comprendre qu’avec le franc CFA, la France pouvait défendre ses intérêts dans ses colonies en dépit de l’autonomie qu’elle leur offrait. C’était donc une liberté surveillée.  
 Pour saisir la démonstration du franc CFA comme une arme défensive de la France, il faut sans doute savoir pourquoi le mouvement de colonisation qui avait débuté au XVIème siècle et avait crée de vastes empires coloniaux, trouve t-il une nouvelle vigueur à partir du milieu du XIXème siècle ? Nous avons appris dans nos recherches que plusieurs facteurs, liés au nouveau contexte politique, économique, social et culturel de l’Europe au XIXème siècle, se sont conjugués. « 6C » : Curiosité, Capitalisme, Commerce, Christianisme, Civilisation, Colonisation.  
 En France, la colonisation a des motifs précis. Pour s’en convaincre définitivement, il suffit de suivre cette déclaration de Jacques Doriot, alors communiste en 1928 : « Sans les colonies, le pays serait en état de faillite ». Et le professeur Gautherot, à droite affirme à son tour en 1930 que « la destruction des empires coloniaux entraînerait la ruine des métropoles ».

  
 Comment la ruine des colonies peut-elle entrainer celle de la métropole ? La réponse se trouve sans doute dans ce que postule Jules Ferry, en ces termes :
« La politique coloniale est la fille de la politique industrielle ». Le développement industriel rendrait donc la colonisation indispensable.  
 On sait que face à la crise économique mondiale des années 30, la bourgeoisie française a trouvé dans son Empire colonial une planche de salut :
un marché protégé, à l’abri du marché mondial, qui joua un rôle vital alors, par exemple comme débouché pour l’industrie cotonnière. Ce processus s’accéléra au tournant du XXe siècle, les cultures destinées à l’exportation firent leur apparition, et les grandes firmes commerciales, la CFAO, la SCOA, s’en assurèrent le monopole côté français, comme de son côté la firme anglo-hollandaise Unilever.
 Les défenseurs du « CFARIQUE », cette branche monétaire du pacte colonial entre la France et les pays de la zone franc, se place tranquillement sous l’ombrelle protectrice d’une idée de monnaie stable nécessaire à l’émergence des petites économies. Cette argumentation n’est pas féconde, d’ailleurs, elle ne résiste pas à une analyse profonde. La vérité, c’est que le franc CFA permettait à la France d’acquérir cacao, bois tropicaux, uranium, etc., sans sortie de devises.
 Les patrons des grands groupes capitalistes recherchent systématiquement à détenir des positions de monopole, sinon, disent-ils, comme par exemple Vincent Bolloré, ça ne vaut pas la peine. Cette position de monopole leur permet de pratiquer souvent des prix plus élevés que dans les métropoles, dans des pays pourtant plus pauvres. Les entreprises françaises, ankylosées par des décennies de chasses gardées, encaissent difficilement les offensives d’une concurrence qui s’est aiguisée, même dans l’Afrique « marginalisée ».  
 Depuis les indépendances, le franc CFA aide la France dans l’exploitation des ressources naturelles des pays africains de la zone franc. Protégées des risques de change, les entreprises françaises font des profits colossaux. Le franc CFA est le poumon de l’impérialisme français dans ses anciennes colonies de l’Afrique au sud du Sahara. Tout un pan essentiel de l’histoire de la bourgeoisie française, depuis l’époque des armateurs négriers de Nantes et de La Rochelle, des grands négociants bordelais, jusqu’aux brasseurs d’affaires et aux banquiers-usuriers d’aujourd’hui, en passant par l’époque du travail forcé et du servage colonial, toute une partie essentielle de l’histoire de l’accumulation de ses profits capitalistes, a lié et lie nos histoires, celle des peuples et des travailleurs africains et celle du prolétariat de France - lui-même constitué aussi en partie par des prolétaires venus d’Afrique.
 
 Le franc CFA, une arme offensive de la France en zone franc
 
 La monnaie est un instrument par lequel une classe peut exploiter et dominer l’autre et elle ne peut exister que par la légitimation politique qui lui donne la capacité d’être un pouvoir d’achat immédiat ou futur garantissant son rôle de réserve à travers le temps. D’ailleurs dès l’aube de l'humanité, la monnaie est très vite devenue un moyen de reconnaissance sociale, une dérive du besoin d'existence qui conduit toujours aux pires excès. Cette position de la monnaie en a donc fait le plus puissant instrument de domination de l'Humain et de la Nature.  
 Avec la zone franc, le France voulait conserver son aire d’influence, mais aussi, consolider des liens un temps menacés par les aspirations à la souveraineté. La construction de cette zone est due à des facteurs commerciaux (une partie importante des échanges se faisant avec la France), financiers (faciliter le paiement des flux financiers) et politique. Cette tutelle monétaire assure le contrôle des économies de la zone et garantit les bénéfices des capitaux français en assurant la convertibilité illimitée, la parité fixe avec l’euro et surtout la liberté des transferts.
 Puisque les autorités françaises savaient que la décolonisation était irréversible, il fallait trouver une arme offensive pour maintenir l’influence de la France dans ses anciennes colonies. De Gaulle a résumé cette politique, plus tard, dans ses « Mémoires », à sa manière : « Notre domination coloniale était autrefois glorieuse. Elle est devenue ruineuse. La décolonisation est notre intérêt et, par conséquent, notre politique ».
Ainsi, cet octroi de la souveraineté, puis de l’indépendance, dans le style impérial particulier à De Gaulle, était largement motivé par l’intention de diminuer le « coût des colonies », lequel faisait l’objet d’abondantes discussions alors dans la presse et les milieux politiques - « coût des colonies » pour l’État français, s’entend.
 En effet, la décolonisation ouvrait dans une certaine mesure le domaine réservé des entreprises françaises en Afrique à la concurrence des autres puissances, de la Communauté Economique Européenne pour commencer, voire des USA, et là la force des capitaux français par eux-mêmes risquait de ne pas suffire. Il était nécessaire de conserver le contrôle des nouveaux appareils d’État « indépendants » et « souverains ». En plus de la présence tutélaire de bases, de garnisons et de conseillers militaires français, celle de hauts fonctionnaires au niveau des gouvernements et des administrations-clés, l’instauration d’une monnaie sous le contrôle de la Banque de France avec l’instauration de la « zone franc » reste le fait le plus important.

  
 Le franc CFA est une arme de domination de la France dans les pays africains de la zone franc. Le franc CFA entame notre souveraineté monétaire et notre souveraineté tout court. Si la souveraineté peut se définir comme le caractère d’un Etat ou d’un organe qui n’est soumis à aucun autre Etat ou organe, elle va de paire avec la notion de pouvoir. Le pouvoir, lui n’existe qu’avec une allocation de ressources et une capacité stratégique dont le rapport monétaire en est le principal.  
 Il n’est nul besoin d’un long raisonnement pour appréhender cette domination, qui, se manifeste, à deux niveaux.

 
 Premièrement, par le biais du compte d’opérations. En effet, les banques centrales de la zone franc ont des comptes courants sur les livres du Trésor français. Ces banques doivent verser sur ce compte, la quasi-totalité de leurs avoirs extérieurs. En contrepartie, le Trésor français s’engage à fournir toutes les sommes dont ces instituts peuvent avoir besoin pour leurs paiements en devises. En théorie, en cas d’insuffisance d’avoirs sur le compte d’opérations, celui-ci peut devenir débiteur sans qu’aucune limite ne soit assignée à ce découvert. Cette technique de compte d’opérations, qui est en réalité une escroquerie était pourfendue par les français eux-mêmes.
Maurice NIVEAU, dans Histoires des Faits Economiques contemporains, PUF,  1966, p.306-307, nous rapporte le sentiment français, par les propos de M. Emile Moreau(gouverneur de la banque de France de 1926 à 1930) qui disait ceci à M.
Poincaré (président du conseil) :« j’expose au président du conseil que l’Angleterre ayant été le premier pays européen à retrouver une monnaie stable et sûre après la guerre, a profiter de cet avantage pour jeter sur l’Europe les bases d’une véritable domination financière. [...] les remèdes comportent toujours l’installation auprès de la banque d’émission d’un contrôleur étranger anglais ou déguisé par la banque d’Angleterre, et le dépôt d’une partie de l’encaisse de la banque d’émission à la banque d’Angleterre, ce qui sert à la fois à soutenir la livre et à fortifier l’influence anglaise... »
 
 Deuxièmement, le fonctionnement même des instituts monétaires, pose un problème à notre souveraineté monétaire. Les institutions monétaires (BCEAO et BEAC) sont pilotées par des conseils d’administration (CA), un gouverneur et des comités de crédit. L’article 37 des statuts de la BCEAO stipule clairement que la Banque est administrée par ces trois organes précités. Ces trois organes travaillent sous la tutelle du Conseil des ministres de l’union monétaire, la composition de ce dernier étant définie par l’article 6 du traité constitutif de l’union monétaire ouest africaine.  
 
 Le Conseil d’Administration de la BCEAO, qui met en œuvre la politique monétaire « dans le cadre des directives du Conseil des Ministres » est composé d’administrateurs nommés par les gouvernements des États participant à la gestion de la Banque (c’est-à-dire les États de l’UMOA ainsi que la France), chacun d’eux désignant deux représentants. Aucun africain ne siège à la Banque de France et au Trésor français, on se demande ce que font des français dans le conseil d’administration d’une banque centrale africaine, si ce n’est pour influencer les prises de décisions.

  
 
 Monnaie et souveraineté sont étroitement liées

  
 
 Nous aurions tort de clore notre réflexion sans aborder la question du lien étroit entre la monnaie et la souveraineté. Inutile de revenir ici sur toute la prolifique littérature dans les manuels de philosophie et de sociologie.
Mais s’il existe, dans la théorie économique, une notion essentielle, en tout cas pour nous, hélas tombée en jachère, c’est bien celle de la souveraineté monétaire. Les pays de la zone franc l’ont jusque là occulté, de gré ou de force. Or, il suffit de lire un des brillants théoriciens de la monnaie pour avoir le cœur net. Dans son ouvrage intitulé La monnaie, paru chez Flammarion, à la page 96, Jean CARTELLIER écrit : « la monnaie est inséparable d’un ordre ou d’un pouvoir. A tout système monétaire est assignée une limite, qui est celle de l’acceptation des moyens de paiement.
L’aire d’extension du système de paiement se confond avec celle de la souveraineté de l’institution qui émet la monnaie légale. Monnaie et souveraineté sont étroitement liées ».  
 La monnaie est envisagée comme un attribut de la puissance publique et un instrument de propagande au service de cette dernière. Le principe de la souveraineté mis en lumière par Jean Bodin a permis de dégager une souveraineté de l’Etat dont la souveraineté monétaire semblait être partie intégrante. La souveraineté est la pierre angulaire de la structure étatique, c’est l’âme de l’Etat, et pour s’affirmer comme telle, elle s’est faite ostentatoire et proclamatrice.  
 L’époque romaine est une belle illustration du pouvoir de la monnaie. Le pouvoir et les symboles qui lui sont attachés donnent à la communauté civique romaine les moyens d'exprimer, sur la monnaie en particulier, mais aussi et en même temps sur tous les autres supports du discours figuratif, sa puissance, sa "personnalité", lui permettant de se situer par rapport à tout ce qui n'est pas romain. L'efficience globale du discours impérialiste véhiculé par la monnaie, produit tant par les membres des gentes que par les « imperotores », tous comme membres de l'appareil d’Etat, est cumulative à long terme.  
 Après la destruction du temple en 70, la Judée était devenue une colonie romaine et sa monnaie fut intégrée dans le système provincial de l’empire.
En clair, les monnaies frappées en Israël montrent sur une face le portrait de l’empereur divinisé et sur le revers une déité romaine ou bien un symbole de la défaite juive. On pouvait voir la Judée personnifiée assise en pleurs devant un palmier et dominée par la déesse de la victoire.
 
 
 
 La renaissance africaine passe par la reconquête de son glorieux passé
 
 Depuis les indépendances, les pays de la zone franc n’arrivent pas à se défaire de la tutelle française. La monnaie CFA imposée au départ et acceptée, par la suite, est le signe de cette capitulation. Pendant que les africains fêtent les cinquante années de leur « liberté surveillée », la politique monétaire de la zone franc reste toujours décidée par la France en fonction de ses intérêts propres. Très naturellement, la politique monétaire a été complètement déconnectée des vrais enjeux du développement africain tout en permettant à la France de contrôler économiquement et politiquement ses anciennes colonies au profit de son économie nationale, et au préjudice du développement des relations entre pays africains. Pourtant, rien ne présageait cet esclavage monétaire des pays de la zone franc. En interrogeant la « boîte noire » de notre histoire, c’est-à-dire, l’Afrique noire avant les attaques portugaises et arabes, et avant les traites d’esclaves.  
 On a trouvé des traces de pièces frappées à KILOUA avant le 13e siècles.
L’île KILOUA est située à égale distance des cotes occidentale et orientale. La complexité des échanges entre l’Afrique et les reste du monde (surtout l’inde et la chine) les rendaient nécessaires. A cette époque, les produits d’exportation étaient l’or, l’ivoire, le cuivre et le fer.  
 Sur des sujets de la plus saignante actualité, comme celui de la monnaie, il est exclu dans le schéma mental de l’occidental que l’Africain soit capable de prendre en compte son destin.  
 Pourtant, un point semble hors de doute : l’Afrique a une expérience monétaire. D’ailleurs la monnaie est un « inné » au sens large puisqu’elle répond à deux besoins fondamentaux de l’Homme : le besoin de subsistance et le besoin d’existence.  
 Dans sa thèse de doctorat soutenue au Conservatoire des Arts et Métiers, le
27 mars 2003, Marie Cotteret explique : « en Egypte, dès 2700 avant Jésus-Christ, on utilisait un indice monétaire : le Shat. Pas encore une monnaie, mais une unité abstraite qui trouvait sa réalisation avec une foule de marchandises, lesquelles, plus ou moins pratiques à transporter pouvaient servir à compléter un paiement ou à parfaire l’entente quant à l’évaluation des prix des marchandises échangées ».  
 Il s’ensuit que le Shat servait d’unité monétaire dans l’ancien empire. Le premier texte prouvant l’existence d’un étalon monétaire en Egypte date du 26e siècles avant JC, (Theodorides, 1979). On a pu reconnaitre les attendus d’un procès dont une partie est la suivante : « j’ai acquis cette maison à titre onéreux auprès du scribe tchenti. J’ai donné pour elle 10 shat, à savoir une étoffe (d’une valeur) de trois shat ; un lit d’une valeur de quatre shat. ». Nous avons tous appris dans les manuels d’histoire, l’existence des monnaie-marchandises en Afrique : l’or en Egypte, les barres de sel en Ethiopie, les manilles de cuivres ou de bronze en côte d’ivoire et au Nigeria, les houes de fer au soudan.
 Avec son passé glorieux, les experts, les plus chevronnés, s’interrogent sur l’immobilisme du continent africain, en tout cas, sur le plan économique.
Pour l’heure, le dispositif de la zone franc est conservé dans son essence.
Voulu par tous les partenaires, le statuquo entretient en Afrique, l’ossature des Etats, et leur survie dans un système économique et social figé. De la sorte, les PAZF conserve à la France son image de puissance dotée d’une zone d’influence, sa clientèle politique dans les enceintes internationales. Les États africains sont privés d'un réel pouvoir monétaire qui est un rouage d'une réelle indépendance.
 Il est temps que les pays africains de la zone franc prennent leur responsabilité vis-à-vis du franc CFA, comme le Maroc et la Tunisie, deux pays cités en exemple, qui ont respectivement abandonné cette monnaie, en 1959 et 1958.  
 En tout cas, sous l’angle intellectuel, c’est une donnée première de l’entendement économique et sous l’angle de la dignité et de la morale, c’est un impératif.
 
 
 Dieu nous aide à accéder aux vérités essentielles !


 
 Dr Séraphin PRAO
 Président de l’ATAM
 Association des Théoriciens Africains de la Monnaie 

www.mlan.fr   contact@mlan.fr
 

 

Avec l'initiative PPTE, les économies africaines sont des économies sous assistance respiratoire

 

 

 

 

 

 

L’Afrique reste de loin le continent où les prescriptions des institutions financières prospèrent.

En effet, les africains ont la manie de croire que leur salut viendra des occidentaux comme s’ils étaient amnésiques de leur passé. Après l’échec des programmes d’ajustement structurels, les institutions financières internationales récidivent avec ce qui ressemble bien à une humiliation des pays du tiers-monde : l’initiative PPTE[1]. Cette énième stratégie des institutions financières internationales, pour mettre les économies sous-développées sous tutelle, trouve des supporteurs en Afrique. Très récemment (le 4 décembre), en Côte d’Ivoire,  le Réseau des jeunes cadres pour la victoire de Gbagbo, a organisé une conférence animée par les spécialistes du ministère de l’Economie et des Finances, sur le thème : « L’initiative PPTE dans le bilan du Président Laurent Gbagbo, quelles retombées pour la Côte d’Ivoire ? ».

Les experts de la « refondation » ont applaudi des deux mains, l’admission de leur pays à l’initiative PPTE. Et pourtant il n’y a pas de quoi pavoiser car aucun pays ne s’est développé avec les programmes d’ajustement structurels. C’est le but de notre présent article qui s’articulera autour de quatre points. Primo, il sera question de situer l’origine premier de la dette, secundo, montrer comment les tentatives de réduction ont abouti à l’initiative PPTE, tertio, démontrer qu’elle  n’est pas un programme de développement puis quarto, exhorter les pays en développement à compter sur eux-mêmes dans une logique de développement autocentré.

 

RÔLE DE L’AIDE DANS SA CONCEPTION PREMIERE

 

Il s’agit ici de définir brièvement le rôle de l’aide dans l’histoire, afin de débarrasser définitivement les africains de l’idée que l’aide est destinée à leur développement.  

Dans le passé, les pays qui ne parvenaient pas à générer une épargne intérieure suffisante pour financer leur essor économique ont recherché des fonds auprès d’autres pays. Les Etats-Unis ont fait appel à l’épargne étrangère, en particulier pendant la période antérieure à la guerre de sécession, de 1835 à 1860. De la même manière, la Russie a eu besoin de fonds extérieurs pour assurer son développement dans les trois décennies qui ont précédé la première guerre mondiale et la révolution communiste. L’aide étrangère, telle qu’on la conçoit aujourd’hui, est l’émanation de la phase qui a suivi la seconde guerre mondiale. Son origine remonte au plan Marshall, dont l’application a amené les Etats-Unis à transférer 17 milliards de dollars en quatre ans à l’Europe, soit l’équivalent d’environ 1,5% du PNB américain, pour la reconstruction de l’Europe. Les deux décennies qui ont suivi la seconde guerre mondiale ont vu les colonies européennes, notamment en Asie et en Afrique, émerger en nations indépendantes. Encouragés par la réussite du concours apporté par le plan Marshall, les Etats-Unis ont pris la tête de la politique d’aide aux pays en gestation en leur fournissant, sous forme d’aide étrangère, le même élément « le capital ». Les motivations qui fondaient les programmes d’aide américaine dans l’après guerre étaient complexe et allaient de l’égoïsme à la générosité. De 1946 à 1952, l’Europe menacée par le communisme reçoit l’essentiel de l’aide (25 milliards de dollars sur 37), l’Afrique reçoit 0,02 milliards de dollars, l’Amérique Latine 0,86, l’Inde 0,29, 2,2 pour le Japon, 0,7 à la Corée, 1,2 à la Formose… Il s’agissait pour les américains de «  contenir le communisme » autour du périmètre du bloc soviétique, tout en essayant d’assurer l’accès des Etats-Unis aux matières premières dont leur industrie avait besoin. On estimait en outre que le développement favoriserait à la fois la sécurité et les intérêts économiques, en réduisant l’instabilité et en associant les nouvelles nations à l’ordre du monde capitaliste. C’est à la suite des américains que les pays européens et en particulier la France et le Royaume-Uni apportent leur appui à leurs anciennes colonies.

DE LE REDUCTION DE LA DETTE A L’INITIATIVE PPTE

 

Après des années de laxisme au niveau des prêts aux Etats, le début des années 80 connaitra un tournant décisif puisque les bénéficiaires vont se déclarer incapables d’honorer le remboursement de leurs dettes. En effet, le monde de la finance a été secoué le 13 août 1982 lorsque le Mexique, l'un des pays débiteurs importants des banques a annoncé son intention de ne plus respecter les échéances de remboursement de sa dette extérieure. Et pourtant, ce pays  ne présentait aucun  risque de défaut de paiement, selon les observateurs avisés de l’époque. En  quatre mois, une trentaine de pays en développement vont suivre l'exemple du Mexique, plongeant ainsi le monde entier dans une crise d’une nouveauté historique : celle qui touche les Etats. L’endettement devient une hémorragie qu’il faut arrêter le plus vite possible. C’est dans cet ordre que naissent les divers plans.

L’initiative BAKER intervenue en 1985 peut s’inscrire dans cette logique puisqu’elle propose pour les 15 pays lourdement endettés un rééchelonnement pluriannuel de la dette accompagné d’un flux de nouveaux prêts. Force est de constater que le rééchelonnement n’a pas empêché  l’hémorragie car les arriérés se sont cumulés. Dès lors, les réflexions se sont tournées vers la réduction de la dette. Ces efforts de réduction ou d’aménagement de la dette sont légions. Il y a eu :

-L’accord de Toronto (1988) : d’autre l’appelle aussi accord Mitterrand. Cet accord n’est ni plus ni moins qu’un plan de réduction de la dette publique des pays dits à revenu faible.

-Le plan Brandy (1989) : le plan Brandy, du fait qu’il est utopique de croire à un remboursement intégral de la dette, c’est pourquoi il est nécessaire de convaincre les banques commerciales de la nécessité d’un allégement de la dette. C’est ainsi qu’ensemble, pays débiteurs, institutions financières internationales, banques commerciales et Etats créanciers définissent les modalités de réduction de la dette et de l’octroi de nouveaux prêts.
-Le plan de Trinidad (1990) : cette initiative était destinée à renforcer l’accord de Toronto en élargissant le nombre de pays bénéficiaires de la réduction et en offrant un allégement plus substantiel de la dette des pays les plus pauvres.

-L’accord de Naples (1994) : cette initiative est généreuse et contraignante à la fois ; elle offre une possibilité de réduction de deux tiers de la dette des pauvres démunis qui acceptent de mettre en œuvre des programmes de reformes économiques.

Ces reformes ne révolutionnent rien du tout. La communauté financière internationale a reconnu en 1996 que la situation d'endettement extérieur d'un certain nombre de pays très pauvres, la plupart situés en Afrique, était devenue extrêmement difficile et avait un impact négatif sur leurs perspectives de développement.

L’initiative en faveur des pays pauvres très endettés (initiative PPTE) a été lancée au Sommet du G7 de Lyon en 1996 et renforcée au Sommet de Cologne en 1999. Elle définit un cadre global dans lequel les créanciers multilatéraux (Banque mondiale, Fonds monétaire international) et bilatéraux (pays créanciers) procèdent de manière coordonnée à des allégements de dette en faveur des pays pauvres très endettés qui appliquent des programmes d’ajustement et de réformes appuyés par le FMI et la Banque mondiale. Elle a pour objectif de rétablir la solvabilité de ces pays et de réduire la pauvreté. L'initiative pays pauvres très endettés (PPTE, HIPC Heavily Indebted Poor Countries en anglais),  vise  en réalité à assister les pays les plus pauvres du monde en rendant leurs dettes internationales « soutenables ».   Selon le FMI, la soutenabilité est « une situation dans laquelle un pays a la capacité de satisfaire à ses obligations présentes et futures concernant le service de la dette, sans qu’un changement important dans sa balance de paiement soit nécessaire ».

 

L’INITIATIVE PPTE N’EST PAS UN PROGRAMME DE DEVELOPPEMENT

 

L’initiative PPTE n’est pas un programme de développement mais une déprogrammation du développement. Les pays en développement et singulièrement ceux d’Afrique ne doivent point avoir la mémoire courte. Les programmes d’ajustement structurel (PAS) ont été un levier très puissant au développement du sous-développement dans ces pays. Les conséquences des PAS ont ému jusqu’au-delà des pays en développement pour révolter le prix Nobel Joseph Stiglitz. Il suffit de lire les premières pages de son livre « la grande désillusion », pour s’en convaincre. Il écrit : « j’écris ce livre parce que j’ai directement constaté, quand j’étais à la banque mondiale, l’impact dévastateur que peut avoir la mondialisation sur les pays en développement, et d’abord sur leurs populations pauvres ».  Le FMI lie ses crédits à des conditions, dans le cadre d’un plan censé corriger les problèmes qui ont causé la crise. D’abord, pour être éligible à l’initiative PPTE, le pays doit être très pauvre, avoir son ratio dette/exportations supérieur à 150%, et le pays demandeur doit produire un Document Stratégique de Réduction de la Pauvreté (DSRP). Il est demandé, l’application effective par les pays bénéficiaires pendant au moins trois ans d’un programme d’ajustement structurel. Une fois ce premier terme échu (décision point), les créanciers décident d’accorder ou non le programme de réduction de la dette. Mais cette réduction devient effective dans sa globalité qu’après trois autres années probatoires, durant lesquelles les résultats économiques s’affichent comme satisfaisants (completion point). Dans les milieux financiers, on dit souvent que le pays doit successivement passer les étapes dites de Période préliminaire, de Point de décision, de Période intérimaire, de Point d'achèvement. Toutes ces périodes successives sont en réalité des  périodes où le FMI voudrait voir ses ordres exécutés. Mais étant donné l’ampleur  des « conditions », les pays qui acceptent l’aide du FMI, lui abandonnent de fait une grande partie de leur souveraineté économique. Les experts du FMI mettent souvent en avant la nouveauté qu’est le Document stratégique de réduction de la pauvreté (DSRP). Ce serait une innovation du FMI puisque le DSRP lie  directement les allègements de dette à la lutte contre la pauvreté. C’est un document rédigé par le pays débiteur, qui présente les politiques et les programmes macro-économiques et sociaux qui constitueront leur stratégie de croissance et de réduction de la pauvreté.  Les occidentaux, pour jouer aux « shérifs » crient aux « indiens » à tout vent. Le FMI demande la réduction d’effectifs dans des secteurs stratégiques comme l’éducation et la santé. Or, il est impossible d’amorcer un véritable développement sans des progrès considérables dans ces deux secteurs. Pourtant, le FMI et les institutions financières internationales exigent que les pays n’excèdent pas 35% de leurs ressources financières pour leur masse salariale.

L’initiative PPTE est semblable à un malade sous « assistance respiratoire », qui une fois sorti de cet état est placé à nouveau « sous perfusion ». Du coup, le malade n’est toujours pas libre. Cette initiative  permet juste à la trésorerie exsangue d’un Etat de souffler pendant un certain temps.  Pour son développement, il faudra pour tout pays, des politiques économiques axées sur les investissements productifs, l’industrialisation, la réduction du chômage, pour parler véritablement de développement.

 

LES AFRICAINS DOIVENT COMPTER SUR EUX-MÊMES POUR LEUR DEVELOPPEMENT

 

Le Premier ministre grec Georges Papandréou a exclu le 11 décembre 2009, de recourir à des prêts du Fonds monétaire international et rejeté tout risque de faillite imminent pour son pays en dépit de  la grave crise financière qu'il traverse. Cette hypothèse a été évoquée par certains économistes au moment où l'augmentation de la dette et du déficit budgétaire grecs suscitent des inquiétudes croissantes en Europe. Les grecs veulent compter sur eux-mêmes car c’est ainsi qu’on devient un grand pays, un grand continent. Georges Papandréou entend notamment lutter contre l'évasion fiscale et réformer un système hospitalier très corrompu. "Nous reconnaissons qu'il s'agit avant tout de notre problème. La corruption n'a rien à voir avec la crise financière, c'est notre responsabilité". Si les pays africains veulent compter dans le concert des nations, il leur faudra tourner le dos à cette mendicité internationale dont seuls les pays africains ont le secret.  L’initiative PPTE est avant tout destinée à garantir la pérennité des remboursements et à dissimuler le renforcement de l’ajustement structurel sous une apparence de générosité. Il est vrai que l’endettement des pays africains est immoral car la responsabilité morale des créanciers est nette dans le cas des prêts de la guerre froide. Lorsque le FMI et la Banque mondiale prêtaient de l’argent à Mobutu, le tristement célèbre président du Zaïre, ils savaient que ces fonds, pour l’essentiel, ne servaient pas à aider les pauvres zaïrois. On payait ce despote pour qu’il maintienne son pays fermement allié sur l’Occident. C’est donc dire que les aides de ces institutions financières internationales ont d’autres objectifs que le développement des pays en développement. Il leur revient d’échafauder des programmes de développement et des politiques économiques clairs pour sortir leur pays du sous-développement.  Que faire des pays dits pauvres dans ce cas ?

La question est irritante mais débouche sur une réponse toute simple : tant que les pays en développement n’auront pas une croissance endogène, et ne seront pas débarrassés de toutes emprises extérieures, l’annulation de la dette ne sera jamais un médicament aux maux dont souffrent les pays pauvres mais un alicament. 

 

Dieu bénisse l’Afrique !

Séraphin PRAO
Docteur en économie monétaire
Spécialiste des Pays Africains de la Zone Franc
Président du MLAN
www.mlan.fr
contact@mlan.fr

 

 

 


 

[1] Pays Pauvres Très Endettés

 

 

 

 

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